Après une haute saison estivale, du moins bénéfique pour la triptyque Agadir, le nord et Marrakech, les professionnels marocains du tourisme retrouveront dès septembre un calendrier particulièrement dense. Une séquence intéressante où les choses sérieuses vont peser de tout leur poids, stéréotypées par le calendrier électoral qui donnera certainement une dimension politique inhabituelle à cette rentrée. Vu que les législatives sont fixées au 23 septembre 2026, en plein milieu de cette séquence professionnelle.
C’est extrêmement intéressant pour le tourisme, bien que les professionnels rechignent toujours à descendre à l’arène électorale, pourtant une occasion inratable pour convertir les revendications du secteur en dossiers politiques défendables. Comme celles liées, par exemple, à la fiscalité touristique, au;financement, jusqu’ici très controversé, des CRT, du transport touristique terrestre qui navigue à vue, la qualité de la formation adaptée, le foncier pour les réalisations touristiques, la disponibilité et justesse des statistiques régionales, le classement et mise à niveau des établissements, le tourisme rural et désertique, la réglementation des plateformes de réservation dont la mainmise ne fait que s’étendre librement, etc.
Comprenez que le tourisme devra sortir de la logique des communiqués pour entrer dans celle des propositions législatives et budgétaires.
Après la haute saison, les professionnels vont enfin pouvoir regarder la rentabilité, taux d’occupation, prix moyen, RevPAR, durée de séjour, dépense moyenne, marge, coût de distribution, coût aérien. coût énergétique… A la différence près, une bonne saison par ci, très mauvaise pour pour plusieurs avec des hôtels sous-occupés à Fez et à Ouarzazate, souvent avec des lits juridiquement existants mais économiquement non exploités.
Fil rouge plus pertinent encore: que fait-on entre maintenant et 2030 ? Reste quatre années pour améliorer l’expérience client, résoudre les problèmes d’accès aérien, professionnaliser le MICE, développer le tourisme intérieur, mieux exploiter le patrimoine, augmenter la dépense par visiteur, améliorer la formation, produire enfin des statistiques touristiques suffisamment complètes et fines.
Certainement, la rentrée permettra de voir qui maîtrise réellement le dossier tourisme. En effet, après une saison estivale contrastée, septembre va mettre face à face trois discours :
-le discours institutionnel, fondé sur les performances nationales.
-le discours des professionnels, fondé sur les comptes d’exploitation et la réalité du terrain .
-le discours politique, qui devra expliquer comment transformer les résultats touristiques en emplois, investissements, recettes fiscales et développement régional.
C’est justement là que les contradictions vont apparaître. Nous pouvons battre des records d’arrivées tout en conservant des problèmes de connectivité, de rentabilité, de gouvernance, de formation, de statistiques et de répartition territoriale.
Après cet été, le tourisme marocain entre dans la saison des comptes. Combien avons-nous accueilli ? Combien avons-nous réellement gagné ? Sommes-nous prêts pour la prochaine étape ?
Peut-être que l’IFTM du 15 au 17 septembre, les législatives du 23 septembre et la préparation de la saison hiver 2026-2027 constituent finalement une opportunité presque idéale pour traiter ces questions.
En attendant, commençons par le commencement!
La rentrée débutera à Marrakech, où Pure Life Experiences réunira les professionnels du voyage expérientiel du 7 au 10 septembre 2026 au Palais des Congrès. Le rendez-vous s’inscrit dans un positionnement très spécialisé, celui des voyages sur mesure et des expériences haut de gamme. Soit!
En octobre, la programmation montera d’un cran. Marrakech Air Show se tiendra du 7 au 10 octobre 2026, tandis que la première édition du Morocco Travel & Tourism Expo (MOTTEX) est annoncée à la Foire Internationale de Casablanca du 13 au 15 octobre. Ce nouveau salon entend réunir professionnels marocains et internationaux autour du voyage, de l’innovation touristique, du tourisme durable et des rencontres B2B. Soit !
L’épisode d’automne se prolongera à Tanger, avec la 18e édition du Forum MEDays, programmée du 25 au 28 novembre 2026. Le forum réunira responsables politiques, décideurs économiques et acteurs internationaux autour des recompositions géopolitiques et économiques mondiales. Soit !
Le même mois, Casablanca accueillera les 26 et 27 novembre 2026 la troisième édition du MICE Meeting Casablanca, à l’Espace Sacré-Cœur. Organisé par le Conseil régional du tourisme Casablanca-Settat, ce rendez-vous B2B est explicitement consacré au tourisme d’affaires et met en relation professionnels MICE, acheteurs nationaux et internationaux. Soit !
Sans doute, cette programmation découle surtout une évolution intéressante. Néanmoins, le calendrier pose également une question plus embarrassante : où sont les outils permettant d’évaluer précisément les retombées économiques de ces rendez-vous ?
Nombre d’acheteurs internationaux réellement présents, contrats conclus, nuitées générées, dépenses locales, taux de transformation des contacts B2B, événements reconduits. Comme d’habitude, ces indicateurs restent beaucoup moins mis à l’avant que les statistiques de fréquentation. C’est pourtant sur ces données que s’évalue la véritable performance du MICE.
Le Maroc dispose aujourd’hui d’une offre suffisamment diversifiée pour jouer cette carte. L’ONMT présente d’ailleurs officiellement le Royaume comme une destination adaptée aux congrès, conventions, incentives et expositions, en mettant en avant les infrastructures hôtelières, les aéroports et les capacités événementielles de plusieurs destinations.
Mais le défi des prochaines années sera moins de multiplier les événements que de construire des centres de conférences dignes des standards mondiaux et la mise sur pied d’un véritable système MICE national, accompagné d’une candidature aux grands congrès internationaux, bureaux spécialisés, données de marché, commercialisation coordonnée des centres de congrès, implication des DMC et des PCO, connexion aérienne et surtout avec élaboration transparente des résultats.
Nous ne doutons pas que notre pays a désormais un calendrier. Il lui reste à démontrer qu’il possède une véritable stratégie.





