8 décembre 2022

Un petit plan pour un secteur sinistré

Le gouvernement Marocain vient d’annoncer le lancement d’un plan d’urgence de 2 MMDH pour le soutien du secteur du Tourisme. Ce plan excluant certains métiers importants dans l’écosystème touristique comme le soulève Mr Hamid BENTAHAR Président de la CNT, concerne principalement le prolongement du versement de l’indemnité forfaitaire de 2000DH durant le premier trimestre 2022 (incluant également les transporteurs touristiques et les restaurants classés ), le report des charges dues à la CNSS pendant 6 mois pour ces mêmes employés, l’établissement d’un moratoire relatif aux échéances bancaires sur une durée pouvant aller jusqu’à 1 an, pour les hôteliers et les transporteurs touristiques (les intérêts intercalaires seront pris en charge par l’État pour une période équivalente aux mois de non activité en 2021, ainsi que le premier trimestre 2022), la prise en charge par l’État de la taxe professionnelle due par les hôteliers en 2020 et en 2021, l’octroi d’une subvention de l’État au secteur de l’hôtellerie, pour un montant global de 1MMD pour soutenir l’effort d’investissement (entretien, rénovation, formation…) des hôtels souhaitant se préparer à un redémarrage rapide de l’activité dès la réouverture des frontières.

Un plan en deçà des attentes des professionnels
Le montant de ce plan, reste en deçà des attentes des opérateurs qui ont revendiqué un vrai plan Marshall pour reconstruire un secteur ruiné et demeure de surcroît très loin de panser les plaies dues à la fermeture des frontières et causant d’énormes pertes pour le secteur.
Le secteur du tourisme continue de vivre l’une des étapes les plus difficiles : les mouvements de protestations se sont multipliées tant au niveau local que national et ont concerné tous les métiers du secteur (agences de transport touristiques, agences de location de voitures, agences de voyages, etc).Les réunions se sont multipliées, les revendications exposées, les promesses formulées et pourtant la tension continue à monter et les professionnels craignent le pire.
Ce désarroi et cette vague de protestations expriment aussi bien, l’anxiété et le grand flou que vivent les opérateurs du secteur ainsi que la crise de confiance vis à vis des responsables qui continuent d’imposer un dictat de fermeture des frontières alors que toutes les autres destinations touristiques concurrentes gagnent chaque jour des parts de marchés et alors que la majorité de la population de principaux marchés émetteurs du Maroc sont triplement vaccinés contre un virus qui commence à s’affaiblir.
Les différents représentants des professionnels et a leur tête , la confédération nationale du tourisme( regroupant les fédérations des hôtels, des agences de voyages ,des transports touristiques, etc.) sont tous unanimes pour une ouverture intelligente des frontières, le but est d’amorcer la relance du secteur tout en sauvegardant les acquis du pays en matière de maîtrise du virus ( qui est devenu de l’avis de plusieurs scientifiques un simple virus similaire a la grippe et ne peut en aucun cas être considérée comme une pandémie).
Les responsables en charge du secteur doivent défendre bec et angles un secteur sinistré et éviter de jouer le rôle de simples auxiliaires cherchant à défendre les décisions prises par les autres ministères (notamment la santé). Ils ont intérêt a défendre le secteur du tourisme comme le fait si bien le ministre de la santé qui défend avec véhémence le secteur de la santé au détriment du secteur touristique stratégique de surcroît pour le Maroc.
En effet la fermeture des frontières a eu un impact néfaste sur le secteur depuis mars 2020, l’activité a chuté de 80 % en 2020 et de 70% a 75% en 2021. Le Maroc a perdu 10,4 millions d’arrivées en 2020 par rapport a 2019 et presque autant en 2021. Le volume des nuitées a subi le même sort puisqu’il est passé de plus de 25 millions en 2019 a environ 6,9 millions en 2020 (8,5 millions max en 2021).
Les recettes du tourisme international se sont effondrées durant les deux dernières années, la balance de paiement a perdu quelque 82 milliards de dhs au niveau des recettes de voyages et la part des recettes du tourisme interne ont reculé de plus de moitié.

Le secteur du Tourisme est plus important que ce qu’on croit
Le secteur du tourisme est plus important que ce qu’on croit, ce sont avant tout quelques dizaines de milliers d’entreprises et d’individus opérant notamment dans les métiers d’hôtellerie, des maisons d’hôtes, des restaurants touristiques, des agences de voyages, du transport touristique et des agences de location de voitures.
Ces opérateurs ont engagé d’importants investissements dépassant 150 milliards de dirhams (hors investissements de renouvellement) et qui ont pu assurer plus de 500.000 emplois directes et 2,5 millions d’emplois indirects.
Les chiffres du Haut-Commissariat au Plan (compte satellite du tourisme), indiquent que la consommation interne du tourisme dépasse les 138 milliards de dirhams en 2019 (la part du tourisme international représente les deux tiers).
De plus, le secteur du transport aérien, intimement lié au tourisme et a l’activité du voyage a enregistré des recettes de 17 milliards de dirhams en 2019, le Chiffre d’affaire de l’ONDA se situait à 4,24 milliards de dhs et l’activité du transport maritime a généré plus de 11 Milliards de dhs en 2019.
De même, l’artisanat a réalisé un important chiffre d’affaires à l’exportation de 800 millions de dirhams en 2019 et l’activité shopping aurait généré près de 5 milliards de dhs qui ont été injectés dans le secteur des commerçants (Malls, boutiques, magasins, etc…)

L’ouverture des frontières une nécessité absolue
Avec l’ouverture des frontières marocaines et le lancement de l’opération Marhaba le 15 juin 2021, l’espoir a commencé à apparaître au Maroc qui a fait un effort proactif dans le processus de vaccination et a atteint des niveaux très importants en matière de vaccination.
Avec l’opération Marhaba lancée le 15 juin 2021, le Maroc a pu accueillir un nombre important de touristes surtout au cours du troisième trimestre 2021, avec un effet direct sur les recettes du secteur.
A titre de comparaison, au premier trimestre 2021, les recettes du tourisme international ont atteint 5 milliards et 389 millions de dirhams, 3 milliards et 499 millions de dirhams ont été enregistrées au deuxième trimestre 2021,alors qu’au cours du troisième trimestre coïncidant avec l’ouverture des frontières, les recettes se sont élevées à 15 milliards de dirhams et 975 millions de dirhams. Ainsi, l’ouverture des frontières, a permis d’obtenir en un trimestre le double de ce qui a été obtenu au cours des six premiers mois.

Et le tourisme interne ?
Le tourisme intérieur ne peut pas remplacer le tourisme international pour un certain nombre de considérations, d’abord parce que le Maroc dépend à 70% des nuitées du tourisme international, étant donné que les revenus par habitant des citoyens des principaux marchés émetteurs sont plus élevés que les revenus du citoyen marocain.
D’autre part, les plans touristiques que le Maroc a connus en 2010 et 2020 n’accordaient pas plus d’importance aux infrastructures d’accueil destinées au tourisme interne, dont le programme « Biladi ».
Le tourisme interne ne peut se développer en l’absence d’un produit et de stations touristiques qui prennent en compte les habitudes de consommation et le niveau de revenu du citoyen Marocain et surtout en l’absence d’accompagnement et d’assistance du touriste marocain à l’inverse des pays développés comme la France qui distribue près de 10 millions de chèques voyage chaque année.
Il convient de noter qu’un nombre important de pays développés dans les pays de l’OCDE, la proportion du tourisme intérieur varie entre 75% et 80% de l’activité du secteur contre environ 30% pour le Maroc.

Zoubir Bouhoute

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