Le 8 septembre 2025, l’ONMT a signé un mémorandum d’entente avec Intrepid Travel, l’un des leaders mondiaux du voyage d’aventure durable. Cet accord, qui couvre la période 2026-2030, ambitionne d’attirer chaque année 200 000 visiteurs au Maroc, principalement en provenance de l’Australie, de la Nouvelle-Zélande et de l’Amérique du Nord, à travers des circuits immersifs d’une dizaine de jours.
L’objectif annoncé de 200 000 voyageurs supplémentaires par an représente environ 1,15 % du total des arrivées internationales du pays en 2024. Si cette proportion semble modeste à l’échelle nationale, elle demeure significative en termes de valeur ajoutée, car les circuits proposés privilégient l’imprégnation locale et la dépense directe auprès des communautés. Toutefois, cet objectif interpelle par son ampleur lorsqu’on le rapporte aux capacités actuelles d’Intrepid : en 2024, l’opérateur a accueilli environ 287 000 clients sur l’ensemble de ses destinations. Atteindre la barre des 200 000 uniquement pour le Maroc supposerait donc un recentrage massif de sa stratégie commerciale, une croissance accélérée de ses volumes et un engagement fort à promouvoir le Royaume en accéléré.
Si l’on estime la dépense moyenne d’un voyageur Intrepid autour de 3 500 dollars pour un circuit long-courrier, le partenariat pourrait générer jusqu’à 700 millions de dollars de retombées brutes par an. Cependant, il convient de rappeler que ce montant ne correspond pas à un apport net pour l’économie marocaine : une partie substantielle de cette dépense lui échappe en raison du phénomène de tourism leakage, qui comprend notamment les billets d’avion, les marges des tour-opérateurs et les importations de biens. L’enjeu central sera donc de favoriser les prestataires nationaux et une structuration des chaînes d’approvisionnement à l’échelle régionale.
La coordination entre l’ONMT, Intrepid et les compagnies aériennes, notamment via les hubs du Golfe et les liaisons européennes, sera indispensable pour proposer des solutions compétitives.
Faut-il rappeler qu’Intrepid est confortablement assis, depuis plusieurs années déjà, sur les fondements référence du tourisme durable, avec un statut de B-Corp et des engagements mesurés par la Science Based Targets initiative.
Le partenariat ONMT-Intrepid ouvre certainement une perspective porteuse, car il associe la puissance de distribution d’un grand acteur international à l’ambition d’un pays en pleine expansion touristique. Atteindre l’objectif des 200 000 visiteurs n’est, de ce point de vue, pas irréaliste, mais il exige tout de même une approche méthodique et exigeante. Le véritable succès de cette alliance se mesurera surtout dans la part de richesse effectivement captée par les territoires, la création d’emplois durables et la préservation des écosystèmes culturels et naturels.





