On ne peut pas éviter de penser que Khénifra demeure un paradoxe touristique territorial. Bien qu’idéalement située entre Fez et Marrakech, en plein dedans du circuit des villes impériales, cumulant tous les atouts d’une destination d’écotourisme par ses forêts de cèdres, ses lacs d’altitude et son patrimoine amazigh vivant, elle reste pourtant une simple ville, pour ne pas dire une contrainte de passage, contournée par les circuits organisés. Pourquoi?
Le premier constat est brutal est que Khénifra n’a pas un problème d’attractivité brute, mais un problème de mise en tourisme.![]()
Les ressources sont là. Les lacs légendaires d’Aguelmam Azegza et de Ouiouane, ses forêts majestueuses de cèdres, sa culture amazighe toujours authentique et sa position géographique stratégique…
Pourtant, elles restent à l’état de ressources dormantes. En d’autres termes, Khénifra est tout bonnement assimilée à une destination à voir et non une destination à vivre.
Mais pourquoi donc les autocars provenant de Fez pour rallier Marrakech ne s’y arrêtent pas ?
Quand on sait que les circuits des villes impériales fonctionnent comme une chaîne logistique optimisée par arrêts calibrés, restaurants partenaires et boutiques d’artisanat intégrées. Alors que Khénifra n’est pas intégrée à cette chaîne.
Résultat? Les autocars traversent… sans intérêt économique à s’arrêter. Implacable logique! Il ne suffit pas d’être sur la route. Il faut être dans le business model du circuit.
Malheureusement, la destination souffre d’une offre produit quasi invisible, malgré les efforts de mobilisation et actions de promotion consentis par le Conseil Régional du Tourisme de Béni Mellal-Khénifra…
Elle se cherche encore, contrairement à ses voisines Ifrane, avec son image alpine consolidée, et Azrou qui est plutôt valorisée par ses singes et ses cèdres mais qui demeure à stop rapide.
Il faut le reconnaître, Khénifra ne propose pas encore d’expérience signature claire, très peu de produit touristique packagé et peine à faire du storytelling bien identifiable. Même son artisanat est peu encadré et peu mis en promotion.
Du coup le touriste ne comprend pas pourquoi il va s’arrêter ici plutôt qu’ailleurs.
Khénifra souffre d’un problème rarement évoqué franchement. La ville elle-même n’est pas conçue pour retenir un visiteur. Vu qu’il y manquent atrocement des espaces piétons attractifs, et une signalétique touristique suffisante. Alors qu’une ville de passage doit créer un effet d’arrêt immédiat.
Le potentiel touristique de Khénifra reste insuffisamment exploité. Ce n’est pas un manque de moyens uniquement. C’est un manque de pilotage.
Et, de fil en aiguille, elle souffre d’un déficit critique d’identité touristique mise dans les circuits voyages, comparativement à Chefchaouen, par exemple, « ville bleue »instagrammable ou, encore, Merzouga reconnue par désert & dunes, Ifrane, la Suisse marocaine. Et Khénifra? Rien de clair encore.
C’est à croire que Khénifra n’est pas marginalisée par hasard. Elle est le produit d’un système touristique marocain très polarisé autour des hubs classiques. Pourtant, ce n’est pas une destination faible. C’est plutôt une destination non activée.
Tant qu’elle restera sans produit structuré, sans récit expérientiel fort et sans intégration aux circuits, elle restera ce qu’elle est aujourd’hui : une belle géographie… traversée à 80 km/h.
La réticence des investisseurs hôteliers à s’implanter à Khénifra relève d’un faisceau de contraintes structurelles que les acteurs du secteur identifient très clairement… mais que les discours publics contournent souvent. Avant même de parler d’infrastructures ou de foncier, un investisseur hôtelier pose une question simple : « Peut-on remplir l’hôtel toute l’année avec une clientèle solvable ? »
Ce n’est pas une question de beauté du site. C’est une question de flux monétisables réguliers. Donc, pas de clientèle garantie.
D’accord, le tourisme interne existe les week-ends et en été, mais avec un panier moyen faible et une préférence dominante pour hébergement informel…
Khénifra souffre d’un déficit d’écosystème touristique intégré. Y investir, c’est devoir tout recréer soi-même.





