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Le Maroc gagne la course aux arrivées, mais…

Le tourisme mondial change de régime. Après plusieurs années de rattrapage, la croissance des arrivées internationales ralentit fortement : elle n’a atteint que 0,4 % au premier semestre 2026, selon ONU Tourisme. Dans le même temps, l’Afrique progressait de 4 % et l’Europe de 3 %.

Le Maroc continue, lui, d’avancer plus vite que la moyenne mondiale. Le Royaume a accueilli 14,1 millions de touristes entre janvier et août 2026, soit 4,5 % de plus qu’un an auparavant.

La bonne nouvelle est réelle. Mais elle ne suffit plus à raconter l’histoire. La question intéressante est désormais la suivante : le Maroc est-il en train de construire une économie touristique plus productive, ou simplement d’absorber davantage de flux ?

Fait. À l’échelle mondiale, le marché reste orienté à la hausse, mais il est devenu beaucoup plus fragile. ONU Tourisme prévoit désormais une progression annuelle comprise entre 1 % et 2 %, contre 3 % à 4 % dans sa prévision de janvier. Les conflits, le prix du pétrole, l’inflation et les perturbations aériennes pèsent sur la demande. Les voyageurs cherchent davantage de valeur pour leur argent et privilégient plus souvent des destinations proches ou des séjours domestiques.

Satisfecit. Dans cet environnement, le Maroc fait mieux que tenir. Il gagne des visiteurs, élargit certains marchés et augmente ses recettes. En 2025, le pays avait atteint un record de 19,8 millions de touristes internationaux, en hausse de 14 % sur un an. Les recettes voyages avaient progressé de 21 %, à plus de 138,1 milliards de dirhams.

Mais. Une hausse des recettes n’est pas encore une preuve que chaque visiteur dépense davantage dans l’économie locale. Les recettes voyages de l’Office des Changes mesurent des flux financiers liés aux voyages ; elles ne constituent pas, à elles seules, un compte analytique de la dépense d’un touriste, de sa durée de séjour ou de la part revenant à chaque entreprise de la chaîne.

C’est ici que le récit change de nature. Le Maroc n’est plus seulement confronté à un problème d’attractivité. Il doit désormais démontrer sa capacité à transformer l’attractivité en rendement économique, puis à distribuer ce rendement entre les territoires et les entreprises marocaines.

Les chiffres disponibles montrent une dynamique solide. À fin juillet 2026, les recettes voyages avaient atteint 79,009 milliards de dirhams, en hausse de 13,4 % sur un an. Le solde de la balance voyages progressait même de 15,7 %, à 59,08 milliards de dirhams.

Le trafic aérien suit le mouvement : les aéroports marocains ont traité 22,283 millions de passagers sur les sept premiers mois de l’année, soit 8,77 % de plus qu’à la même période de 2025. Le trafic international progressait de 8,82 %.

Ces données racontent une mécanique économique assez classique. Plus de sièges alimentent plus d’arrivées. Plus d’arrivées soutiennent les nuitées, les transports, la restauration, les loisirs et les recettes en devises. La puissance aérienne devient alors un actif commercial pour la destination.

Toutefois, cette mécanique a une limite. Un siège d’avion n’est pas une valeur créée ; c’est une capacité mise sur le marché. La valeur apparaît lorsque le visiteur reste suffisamment longtemps, consomme une offre locale, achète une expérience différenciante et laisse une part significative de sa dépense dans le pays. Sinon, la destination peut battre des records de fréquentation tout en restant sous pression sur les coûts, les infrastructures et les marges.

Hypothèse de travail. Le prochain avantage compétitif du Maroc ne sera donc pas uniquement le nombre de lignes ouvertes. Il reposera sur la capacité à mieux vendre les séjours, à augmenter la dépense hors hébergement, à prolonger la saison et à connecter les visiteurs à davantage de régions.

Le Maroc dispose déjà de plusieurs leviers. La feuille de route touristique met l’accent sur la connectivité aérienne, la distribution, l’hébergement, l’animation touristique et la qualité de l’expérience. L’Organisation de coopération et de développement économiques relève également les programmes Go Siyaha, Moukawala Siyahia et CapHospitality, ainsi que les efforts consacrés à la digitalisation et au yield management, c’est-à-dire à l’optimisation des prix et des revenus selon la demande.

L’enjeu est moins de multiplier les dispositifs que de vérifier leur effet économique. Une nouvelle liaison aérienne peut bénéficier d’abord à la compagnie et aux plateformes de distribution. Un hôtel supplémentaire peut accroître la capacité sans créer assez d’activités autour de lui. Une campagne de promotion peut produire des arrivées sans garantir une meilleure répartition des flux.

Qui capte la valeur créée par la croissance ? Les indicateurs à suivre sont connus, mais encore trop rarement placés au centre du débat : les recettes rapportées aux arrivées sur une même période, la durée moyenne de séjour, la part des dépenses consacrées aux activités, la répartition des nuitées entre territoires, la progression des entreprises locales dans la chaîne de valeur et la qualité des emplois créés.

Le secteur pèse déjà lourd dans l’économie marocaine. Le tourisme direct représentait 7,3 % du produit intérieur brut en 2024 et 8,2 % de l’emploi total en 2025, avec 894 000 emplois directs. Les recettes voyages représentaient par ailleurs 40,7 % des exportations de services en 2024.

Ces chiffres justifient l’ambition. Ils imposent aussi une exigence : à mesure que le tourisme devient un pilier macroéconomique, sa performance ne peut plus être évaluée par les arrivées seules.

Le Maroc a réussi une première transformation : passer d’une destination attractive à une destination en forte croissance. La deuxième sera plus exigeante. Elle consistera à convertir cette croissance en revenus mieux répartis, en emplois plus qualifiés, en offres locales plus solides et en investissements réellement productifs pour les territoires.

Cela suppose de regarder au-delà du compteur des frontières et du taux de remplissage. Le secteur devra savoir quelles clientèles dépensent, où elles dépensent, par quels canaux elles réservent et quelles entreprises récupèrent cette dépense.

L’indicateur décisif des prochains mois ne sera peut-être pas le nombre de touristes accueillis. Ce sera la valeur nette créée par chaque visiteur et la part de cette valeur qui reste dans l’économie marocaine.

La croissance est là. Reste à savoir si le modèle économique saura grandir aussi vite qu’elle.

Par Z. A.

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