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Ne faisons pas l’autruche face aux fake news !

Quand une destination comme la nôtre gagne des millions de touristes en croissance mais laisse encore son image se défendre toute seule, qui en assume la responsabilité ?

Franchement, il y a quelque chose de profondément incompréhensible dans la situation actuelle du tourisme marocain.

Notre pays n’a jamais autant investi dans sa connectivité, sa promotion, ses capacités hôtelières et son ambition internationale. Tout cela est considérable.

Est-ce à dire que cette augmentation aussi rapide avec son bon aloi auprès des marchés équivaut à une augmentation mécanique de son exposition au risque informationnel ? Plus de marchés ? Plus de compagnies aériennes ? Plus de tour-opérateurs ? Plus de touristes ? Plus de réseaux sociaux favorables ? Plus d’images bonifiantes? Plus de contenus fabriqués à la chaîne par l’intelligence artificielle ? Plus de possibilités, surtout, qu’une information fausse ou trompeuse soit prise pour une information fiable ?

Mieux, qui, au Maroc, est chargé de défendre la destination lorsque son image est attaquée par une information fausse, déformée ou sortie de son contexte ? Pas de faire de la publicité, pas de publier une belle vidéo de Marrakech, pas d’annoncer une nouvelle liaison aérienne, pas de rappeler que le Maroc vise 26 millions de touristes en 2030… Mais de gérer une véritable crise informationnelle.

Une fake news ne demande pas la permission pour devenir une crise touristique Une rumeur peut commencer avec une vidéo authentique. Elle peut ensuite recevoir une mauvaise date. Puis une mauvaise localisation. Puis une légende sensationnaliste. Puis un commentaire. Puis une traduction approximative. Puis une publication d’un compte disposant de plusieurs centaines de milliers d’abonnés.

Et, quelques heures plus tard, un voyageur allemand, français ou britannique peut demander à son agence : « Est-ce que je dois vraiment partir au Maroc ? »

À ce moment-là, la fake news a cessé d’être un problème numérique. Elle devient un problème commercial. Le vendeur doit répondre. Le tour-opérateur doit répondre. L’hôtel doit répondre. Le DMC doit répondre. La compagnie aérienne peut être interrogée.

Et si tous ces professionnels cherchent la réponse sur Google, X, TikTok ou Facebook parce qu’aucune information officielle claire n’est disponible, quelque chose est déjà perdue, c’est l’autorité informationnelle. Soyons sérieux, nous plaît-il d’abandonner cette fonction aux algorithmes ?

Pardi, le ministère du Tourisme et l’ONMT ne disposent-ils pas de moyens de communication importants et d’une stratégie de promotion internationale assez forte pour pallier aux commentaires déplaisants et fake news éprouvantes sur les événements de Ceuta pour y pallier dans la bonne direction ?. L’ONMT dispose notamment d’une direction explicitement chargée de la stratégie marketing et de la communication. Son site présente également des actions destinées à renforcer la confiance dans la destination auprès des professionnels internationaux. La Confédération Nationale du Tourisme revendique de son côté une fonction d’information et l’élaboration de stratégies de communication et de supports destinés à ses membres et à la diffusion externe.

Tout cela existe. Mais existe-t-il publiquement une cellule permanente de gestion des crises informationnelles touristiques, avec une chaîne de décision, un protocole d’activation, une surveillance multilingue, un porte-parole identifié, des délais de réaction et une procédure directe d’information des tour-opérateurs et distributeurs ? Pourquoi son existence, ses missions et son mode de fonctionnement ne sont-ils pas clairement identifiables par les professionnels qui auraient besoin de lui en situation de crise ?

Une cellule de crise dont personne ne connaît le numéro, le protocole ou le responsable n’est pas forcément inexistante. Mais elle est, au minimum, invisible. Et en communication de crise, l’invisibilité institutionnelle est déjà un problème. Que c’est triste !

L’Observatoire du Tourisme joue un rôle important dans la production et la diffusion de données touristiques. Il a vocation à fournir une information statistique et une veille utile aux professionnels marocains et internationaux. Mais il faut distinguer deux fonctions. Mesurer la crise et  gérer la crise. Ce ne sont pas les mêmes métiers. L’Observatoire peut mesurer une baisse des arrivées. Il analyse les nuitées. Il suit les recettes. Il documente souvent les marchés…

Mais lorsqu’une vidéo mensongère commence à circuler à 18 h 00 et qu’un tour-opérateur appelle à 18 h 15 pour demander si ses groupes doivent maintenir leur programme, une statistique mensuelle ne suffit pas. Il faut une cellule capable de répondre immédiatement où se situe réellement l’événement ? est-il réel ? est-il ancien ? la vidéo est-elle authentique ? concerne-t-il une zone touristique ? y a-t-il des perturbations aériennes ? les sites touristiques fonctionnent-ils normalement ? les annulations commencent-elles ? quels marchés réagissent ? quelle information les TO reçoivent-ils ? qui prend la parole ?

D’accord, l’Observatoire est donc parfaitement légitime dans son rôle statistique. Mais lui demander d’être simultanément le thermomètre, le centre d’alerte, le vérificateur des faits et le porte-parole de crise reviendrait à lui demander un métier qui n’est pas nécessairement le sien.

Un voyageur inquiet peut annuler. Mais un tour-opérateur inquiet peut modifier une programmation entière. La différence d’échelle est considérable. Imagine-t-on une compagnie aérienne apprendre par les réseaux sociaux qu’un événement pourrait affecter une destination qu’elle dessert ? Imagine-t-on un grand TO européen devoir téléphoner à plusieurs hôtels pour savoir si ses clients peuvent continuer leur séjour normalement ? Imagine-t-on un DMC marocain devoir expliquer à ses partenaires étrangers qu’il n’a reçu aucune information officielle ?

On convient que le secteur n’a pas forcément besoin de dépenser davantage. Seulement, il a besoin de mieux organiser ce qu’il possède déjà, ni plus ni moins. Par exemple, un bulletin B2B multilingue pourrait être déclenché par l’épisode de Ceuta. Voyons ! Cela peut tenir sur une petite page en plusieurs langues à diffuser aux principaux TO, compagnies aériennes, réseaux d’agences, DMC, hôtels, CRT et organisations professionnelles.

Il faut arrêter de penser qu’une administration doit forcément choisir entre deux extrêmes. Ne rien dire ou parler immédiatement sans avoir vérifié.  Il serait faux de dire que l’État marocain ne sait pas coordonner une situation sensible. Les exemples institutionnels récents montrent au contraire que des commissions centrales et territoriales peuvent être activées lorsqu’un enjeu national l’exige. En juillet 2026, le ministère de l’Intérieur a ainsi activé une commission centrale de suivi des élections, complétée par des commissions régionales et provinciales, avec pour mission de détecter rapidement les situations susceptibles de porter atteinte à l’intégrité du processus et d’agir sans délai.

Le problème n’est donc pas l’absence générale de culture de coordination. Le problème est beaucoup plus ciblé. Le tourisme dispose-t-il d’un équivalent spécifiquement conçu pour la crise réputationnelle et informationnelle ? C’est cette question qui mérite une réponse officielle.

L’ONMT est construit pour vendre la destination. C’est son rôle. Il travaille sur les marchés. Il développe des partenariats. Il augmente la visibilité du Maroc. Il renforce la connectivité commerciale. Son site affiche d’ailleurs actuellement une stratégie offensive sur plusieurs marchés. Mais vendre et défendre sont deux fonctions différentes. Cela ne l’empêche pourtant pas de communiquer sur les vols fonctionnent normalement. »

De sa part, la CNT a une responsabilité évidente à jouer. Elle se présente elle-même comme un interlocuteur représentant l’écosystème touristique et dispose d’une mission d’information et de communication.  Mais elle ne devrait pas être condamnée à réagir seule.

Même chose pour la CGEM. Une crise touristique ne concerne pas uniquement les agences ou les hôtels. Elle touche l’emploi, le transport, la restauration, le commerce, l’artisanat, les activités culturelles et sportives, les entreprises de services et, plus largement, les économies locales.

Une cellule de résilience touristique devrait donc associer le public et le privé. Et cette association devrait être préparée avant la crise. Pas convoquée lorsqu’elle est déjà là.

Tout compte fait, rien ne permet de conclure à un effondrement du tourisme marocain en août. Qui plus est, les professionnels surveillent actuellement  les nouvelles réservations, les annulations, les reports, les recherches liées à la sécurité, les appels des TO, les demandes des agences, les taux de conversion et la programmation des mois suivants.

Le vrai risque pourrait apparaître après août. Septembre, Octobre, les vacances d’automne et la saison hiver. Avec, surtout, un regard plein d’espoir sur les négociations de capacité aérienne et de programmation touristique 2026-2027.

Un professionnel d’Agadir pense même qu’il faudrait débarrasser le secteur d’un complexe assez curieux, comme si parler positivement du Maroc dans une situation de crise revenait nécessairement à faire de la propagande.

Non. Un TO qui demande si Marrakech, Agadir, Casablanca, Fez, Ouarzazate ou Tanger sont opérationnelles mérite une réponse. Un TO qui demande si ses clients peuvent maintenir leur séjour mérite une réponse. Un hôtel qui reçoit des dizaines de questions mérite une information. Une agence qui vend le Maroc mérite des assurances fondées sur des faits.

Le problème est peut-être finalement là. Le Maroc touristique de 2026 n’est plus celui de 2019. Il multiplie les lignes aériennes. Il diversifie ses marchés. Il accueille davantage de visiteurs indépendants. Il développe le digital. Il veut attirer de nouveaux investisseurs. Bref, il devient beaucoup plus visible. Or la visibilité a une contrepartie, notre pays devient aussi beaucoup plus exposé aux récits hostiles, aux manipulations, aux erreurs médiatiques et aux emballements algorithmiques. Notre destination mondiale ne peut pas fonctionner avec une communication de crise artisanale. Le secteur doit créer une cellule permanente Pas nécessairement une énorme administration. Une équipe réduite, spécialisée, connectée aux institutions existantes, disponible 24 heures sur 24 lorsque le niveau de risque l’exige, avec un canal direct et newsletter destinés aux TO, agences, compagnies aériennes, hôtels et DMC.

Et si le problème était moins la fake news que notre lenteur à lui répondre ? C’est probablement la question la plus dérangeante. Pour la bonne raison qu’une fake news, comme celle essaimée autour des événements de Ceurta, peut devenir dangereuse parce que personne ne répond rapidement avec une information meilleure.

A croire que le problème n’est donc pas forcément l’absence d’informations. C’est leur agrégation. Chacun des intervenants publics et privés possède un morceau du puzzle. Personne ne doit attendre que le puzzle soit terminé pour commencer à parler.

Ne faisons pas l’autruche ! Le tourisme marocain n’est pas aujourd’hui en situation d’effondrement. Les indicateurs disponibles disent même l’inverse. C’est précisément pourquoi il faut agir maintenant.

Faudrait-il, pour réagir, attendre qu’il y ait baisse des réservations pour construire sa cellule de crise aura déjà perdu plusieurs semaines ? Allons, donc ! Notre pays n’a pas besoin de devenir paranoïaque. Il n’a pas besoin de voir une opération hostile derrière chaque vidéo. Il n’a pas besoin non plus de répondre à chaque publication. Il a besoin de quelque chose de beaucoup plus simple : un système touristique. Un système qui observe. Qui vérifie. Qui hiérarchise. Qui informe. Qui assume. Qui corrige et qui sait reconnaître ses propres erreurs lorsque les faits l’imposent. Parce qu’au bout du compte, la réputation de notre destination ne se protège pas avec des slogans et des statistiques. Le silence n’est plus une neutralité : lorsqu’un professionnel cherche désespérément une information officielle et ne la trouve pas, le silence devient un espace qu’une destination concurrente ou trop regardante finira peut-être par remplir.

Et pendant ce temps, le touriste des réseaux sociaux  pose une question très simple à son agence : « Est-ce que je peux toujours aller au Maroc ? »

C’est là que commence le véritable problème.

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