À l’approche de la rentrée parlementaire, le tourisme marocain peut-il encore être piloté avec une architecture administrative conçue pour un secteur parmi d’autres, alors qu’il est devenu un enjeu transversal de devises, d’emploi, d’investissement, d’aménagement du territoire et d’infrastructures ?
Petit rappel, l’ouverture de la session d’automne du Parlement marocain est prévue le vendredi 9 octobre 2026. Le scrutin du 23 septembre a placé le PAM en tête avec 97 sièges sur 395, devant le RNI (66) et l’Istiqlal (65). Les résultats définitifs ont confirmé cette répartition.
Alors, quelle organisation de l’État pour la séquence 2027-2031 ?
En attendant, le problème du tourisme marocain demeure toujours la dispersion de ses institutions.
Aujourd’hui, le portefeuille associe Tourisme, Artisanat et Économie sociale et solidaire. D’accord, cette combinaison a sa logique historique. Mais elle juxtapose trois univers économiques dont les mécanismes, les temporalités d’investissement et les impératifs de pilotage ne sont pas identiques.
Dans le même temps, le tourisme dépend directement du Transport et de la Logistique pour la connectivité, de l’Économie et des Finances pour les dispositifs fiscaux et budgétaires, de l’Industrie et du Commerce pour une partie de la chaîne de valeur, de l’Intérieur pour l’exécution territoriale, de l’Aménagement du territoire et de l’Habitat pour le foncier et l’urbanisme, de la Culture pour le patrimoine, de l’Agriculture pour les territoires ruraux et de l’Enseignement supérieur pour les compétences.
Une gouvernance tel un système impliquant à la fois l’administration centrale, les services déconcentrés, l’ONMT et la SMIT. A l’heure où le budget de l’État consacré au tourisme s’élevait à 1,9 milliard de dirhams en 2025. En d’autres termes, le tourisme est transversal dans les faits, mais pas nécessairement dans le rapport de force administratif. N’est ce pas là que se situe le vrai débat? Le portefeuille actuel est-il encore adapté à l’ambition 2030-2031 ?
Le PAM lui-même a placé le tourisme parmi ses axes de programme pour l’après-2026, avec un objectif annoncé de 32 millions de touristes à l’horizon 2031, en faisant du Mondial 2030 un accélérateur économique.
Toutefois, peut-on demander au ministère du Tourisme de piloter une ambition de cette dimension tout en lui laissant une capacité d’action largement dépendante d’autres départements ? Improbable !
Inutile de se triturer l’esprit pour savoir si le ministère actuel travaille bien ou mal. En revanche, dispose-t-il de l’autorité, des moyens et des relais interministériels nécessaires pour arbitrer les obstacles dont il n’a pas eu jusqu’ici la maîtrise ?
Car un hôtel ne se construit pas seulement avec une politique touristique. Une destination ne gagne pas des capacités aériennes par décret du seul ministère du Tourisme. Un projet territorial ne se débloque pas uniquement dans ses services. La formation, les transports, le foncier, l’urbanisme, l’eau, l’investissement, la fiscalité et les infrastructures conditionnent directement la performance touristique.
Faut-il alors rapprocher Tourisme et Économie ? Pourquoi pas ? L’hypothèse d’un rapprochement entre Économie et Finances et Tourisme ne permettrait-elle pas de faire passer le tourisme d’une politique principalement sectorielle à une politique économique stratégique? Ne donnerait-elle pas davantage de cohérence aux questions de financement, d’investissement touristique, de fiscalité, de mécanismes d’incitation et de mesure de la valeur créée?
Le prochain gouvernement pourrait conserver un ministère du Tourisme distinct tout en lui donnant un poids beaucoup plus important comprenant budget renforcé, administration consolidée, capacité interministérielle formalisée, pilotage régional renforcé et mécanisme d’arbitrage directement rattaché au Chef du gouvernement.
Une sorte de comité interministériel du tourisme et de l’économie touristique, doté d’indicateurs publics et d’un calendrier d’exécution, pourrait être plus déterminant qu’un simple changement de portefeuille.
Le PAM dispose désormais de 97 sièges. Il doit obtenir une majorité parlementaire de 198 députés pour soutenir un gouvernement. Sa direction a indiqué après le scrutin qu’elle restait ouverte aux différentes formations politiques pour constituer la prochaine majorité.
Il serait donc prématuré d’attribuer au PAM une future organisation gouvernementale précise.
En attendant, les négociations qui s’ouvrent détermineront aussi la capacité du prochain exécutif à faire travailler ensemble des politiques qui, jusqu’ici, avancent souvent en silos.
Pour le tourisme, c’est peut-être le véritable pot aux roses de la séquence 2027-2031. Car après avoir réussi à faire venir davantage de visiteurs, notre pays est tenu de convertir le volume en valeur, la valeur en emplois, les emplois en développement territorial et le développement territorial en croissance durable.
Quelle place le prochain gouvernement entend-il réellement donner au tourisme dans la hiérarchie de ses politiques économiques ?





