Le Maroc a accueilli, en 2025, 5,8 millions de touristes français et MRE confondus, soit une progression de 11 % par rapport à 2024. À fin juillet 2026, le volume atteint 3,6 millions, en hausse de 7 % sur un an.
Ces chiffres traduisent une dynamique favorable, mais ils doivent être appréhendés avec prudence. L’ONMT précise qu’il s’agit d’un agrégat TES & MRE. Il ne permet donc pas, à lui seul, d’isoler les arrivées de touristes français résidents en France, ni de distinguer les comportements des clientèles touristiques de ceux des Marocains résidant à l’étranger.
Pour cette dernière, l’Office apporte un indicateur plus directement exploitable : les nuitées réalisées par les touristes français dans la destination Maroc. Elles atteignent 7,97 millions en 2025, soit +3 % par rapport à 2024 et +12 % par rapport à 2023. À fin juin 2026, elles s’élèvent à 4,2 millions, en progression de 8,5 % sur un an.
La lecture croisée de ces données fait que le marché ne progresse pas uniquement par l’entrée de visiteurs, mais aussi par la consommation de nuitées. Toutefois, l’ONMT ne fournit pas les éléments nécessaires pour déterminer si cette hausse traduit une augmentation de la durée moyenne de séjour, une meilleure fréquentation des hébergements marchands, une modification du profil des voyageurs ou simplement un effet de calendrier et de saisonnalité.
En d’autres termes, la tendance est positive, mais le mécanisme de cette croissance reste partiellement à documenter.
Le baromètre Orchestra réalisé en partenariat avec Les Entreprises du Voyage confirme que le Maroc demeure dans le Top 6 des destinations réservées par les Français en 2026.
On relève toutefois un léger recul d’une place au premier trimestre par rapport à la même période de 2025, avant une stabilisation du classement de mai à juillet.
Cette évolution mérite d’être interprétée correctement. Le Maroc ne sort pas du groupe de tête ; il conserve une position compétitive dans un marché où les destinations méditerranéennes bénéficient d’une forte attractivité. Néanmoins, il s’agit d’un rang relatif, dépendant également des mouvements des destinations concurrentes.
Qui plus est, le Maroc occupait la quatrième place des destinations étrangères préférées des Français en 2025, derrière l’Espagne, la Tunisie et devant l’Égypte, l’Italie et la Grèce dans le classement présenté.
Pour l’hiver 2025-2026, le Maroc dispose de 2 428 002 sièges au départ de la France, soit une progression de 10 % par rapport à l’hiver précédent. Pour l’été 2026, le volume atteint 3 669 228 sièges, en hausse de 5 %. Pour l’hiver 2026-2027, le document annonce 2 691 644 sièges, soit +11 % sur un an.
Le détail des connexions révèle cependant une caractéristique persistante : Paris reste le principal bassin de départ. Il représente 51 % des sièges de l’hiver 2025-2026 et 55 % de ceux de l’été 2026. Lyon, Marseille, Toulouse, Nantes et Bordeaux complètent le dispositif, tandis que les autres villes françaises occupent des parts plus réduites.
Toutefois, l’augmentation de la capacité traduit-elle une véritable diversification des bassins émetteurs ou demeure-t-elle largement dépendante du marché parisien ?
D’accord , l’Office fournit les volumes et les répartitions, mais ne permet pas de mesurer la rentabilité de chaque route, son taux de remplissage, la part de trafic réellement touristique ou la contribution des différentes compagnies à la création de demande. Aussi, la répartition par aéroport d’arrivée est tout aussi révélatrice.
Pour l’hiver 2025-2026, Marrakech concentre 35 % des sièges, Casablanca 21 %, Agadir 11 %, Rabat 11 %, Fez 9 %, Tanger-Tétouan 5 %, Nador-Oujda 6 %, Essaouira 2 % et Ouarzazate 1 %. À l’été 2026, Marrakech représente 32 %, Casablanca 24 %, Agadir 9 %, Rabat 10 %, Fez 9 %, tandis que Tanger-Tétouan atteint 8 % et Nador-Oujda 8 %. Pour l’hiver 2026-2027, Marrakech reste en tête avec 33 %, devant Casablanca à 22 %, Agadir à 9 %, Fez à 9 % et Rabat à 12 %.
Cette répartition confirme la centralité de Marrakech, mais elle montre aussi que Casablanca, Rabat, Fez, Tanger, Oujda et Nador disposent d’un poids aérien qui peut soutenir une diversification de l’offre.
L’ONMT recense 18 nouvelles routes par rapport à l’été 2025 et 10 nouvelles routes par rapport à l’hiver 2025-2026. Parmi les liaisons mentionnées figurent notamment :
-Bastia-Casablanca ;
-Bordeaux-Agadir ;
-Nantes-Essaouira ;
-Strasbourg-Marrakech ;
-Lille-Marrakech ;
-Paris-Tétouan ;
-Lille-Casablanca ;
-Nantes-Tanger ;
-Lyon-Fez;
-Paris-Oujda ;
-Perpignan-Tanger ;
A noter que plusieurs liaisons sont opérées par Air Arabia Maroc, EasyJet, Royal Air Maroc, Ryanair, Transavia France, TUI fly Belgium et Volotea.
L’ONMT ne donne pas, pour ces nouvelles connexions, les taux de remplissage, les fréquences détaillées, les performances par saison ou les résultats en matière de ventes touristiques. Il serait donc prématuré d’en tirer une conclusion définitive sur leur rentabilité ou leur contribution nette à la destination.
Ce qui est établi, en revanche, c’est que le Maroc élargit son accessibilité aérienne et multiplie les points de contact avec le marché français.
Il est aussi question d’un portefeuille d’actions assez fourni. Il ne s’agit pas d’une campagne unique, mais d’une combinaison de relations publiques, de voyages de presse, d’opérations sportives, de campagnes audiovisuelles, de partenariats avec les réseaux de distribution et de rendez-vous B2B.
Le golf occupe une place particulièrement visible dans cette stratégie. Le séjour du Club des 36 à Rabat, la finale du Trophée Canal+ L’Occitane Aquarelle à El Jadida, le Maroc Golf Tour à Fès, la Coupe de France Professionnelle à Marrakech, la couverture du Trophée Hassan II et de la Coupe Lalla Meryem, ainsi que l’émission « Izi Driver Maroc » sur Golf+, traduisent une volonté de positionner le Maroc sur un segment à forte capacité de prescription.
Mais là encore, l’Office présente surtout les moyens mobilisés et les audiences atteintes. Il ne fournit pas les résultats commerciaux permettant de savoir combien de séjours, de nuitées ou de contrats ont été générés par chaque opération.
On constate également une diversification intéressante des récits médiatiques. La campagne « Maroc, Terre de Lumière » sur Canal+ vise une audience premium et CSP+, estimée à 54 millions de personnes sur le marché français, avec un dispositif associant télévision classique et sponsoring de compétitions sportives.
L’émission « Izi Driver Maroc » sur Golf+ s’inscrit dans une logique plus affinitaire, tandis que la couverture du golf à Rabat cherche à toucher une audience passionnée et à fort pouvoir d’achat.
D’autres contenus élargissent le récit touristique. Le reportage de 50’ Inside consacré à des Français installés à Marrakech, le reportage de France TV sur la scène artistique contemporaine marocaine, le dossier de Marie Claire Idées sur les savoir-faire et le reportage du Figaro Magazine sur le littoral méditerranéen.
Cette diversité fait apparaître d’autres dimensions : création contemporaine, artisanat, littoral, golf, patrimoine, art de vivre et installation résidentielle.
On remarque, dans la même logique, cette volonté de l’ONMT de travailler directement avec les professionnels français.
L’éductour organisé à Ouarzazate avec KTI Voyages a réuni 9 professionnels. Le voyage MICE organisé à Errachidia, Erfoud, Merzouga et Ouarzazate a rassemblé 100 professionnels français. Le Forum annuel du SETO à Tamuda Bay a réuni près de 140 tour-opérateurs français.
La campagne menée avec Havas Voyages, réseau de plus de 350 agences, s’inscrit dans cette logique. Le document indique qu’elle combine un dispositif B2B et B2C, des offres exclusives et une montée en compétence des vendeurs.
Mais combien de programmations nouvelles, de ventes additionnelles ou de nuitées ont résulté de ces opérations ?
Certes, il existe un travail de fond auprès des réseaux. Toutefois, il ne permet pas encore d’en mesurer la productivité commerciale.
La participation à l’IGTM de Cannes, l’organisation de la deuxième édition de Pure Maroc et la présence à l’ILTM Cannes témoignent d’un ciblage plus précis des clientèles professionnelles. L’IGTM est un rendez-vous exclusivement B2B consacré au tourisme golfique. L’édition 2025 aurait réuni 268 exposants de 36 pays et 300 acheteurs qualifiés issus de 51 pays.
Pure Maroc, consacré au MICE et au loisir, avait réuni lors de sa première édition 70 exposants marocains et 300 acheteurs qualifiés, dont 230 parisiens.
L’ILTM Cannes, salon international du voyage de luxe sur invitation, est présenté avec 2 350 exposants de 105 pays, autant d’acheteurs issus de 84 pays, et 85 000 rendez-vous one-to-one. Le stand Maroc y a réuni 19 co-exposants.
Le MICE, le golf et le luxe ont en commun de nécessiter une offre structurée, des infrastructures adaptées, une bonne connaissance du produit et une relation étroite avec les opérateurs.
Cependant, la présence sur ces salons ne doit pas être confondue avec une performance commerciale établie. Le nombre de rendez-vous, d’acheteurs ou de co-exposants renseigne sur l’ampleur du dispositif ; il ne dit pas combien de contrats, de dossiers ou de groupes ont été effectivement générés.
Le marché français n’est pas présenté par l’Office comme un marché à conquérir à partir de zéro. Il s’agit d’un marché mature, fortement concurrentiel, où le Maroc dispose déjà d’une place reconnue. Les résultats de nuitées, le maintien dans le Top 6 et l’importance des connexions aériennes confirment cette solidité.
Le mapping aérien occupe une place considérable chez l’ONMT. Il montre que la performance touristique dépend de plus en plus de la capacité à ouvrir, maintenir et densifier les routes aériennes. La promotion et l’aérien ne sont plus deux sujets séparés alors ils doivent fonctionner ensemble.





