Quand on sait que le tourisme constitue l’un des principaux pourvoyeurs de l’économie nationale, qu’il génère des centaines de milliers d’emplois, mobilise des milliards de dirhams d’investissements, autant de recettes en devises sonnantes et trébuchantes et participe directement à l’image internationale du Royaume, ses représentants demeurent étonnamment peu nombreux dans les sphères où se décident les lois, les budgets et les grandes orientations publiques.
Quand on voit que les secteurs de l’agriculture, de l’industrie, du bâtiment ou encore des professions libérales ont, eux, progressivement construit leurs relais institutionnels et politiques. Le tourisme, lui, continue souvent de défendre ses intérêts par procuration. Ses revendications sont relayées par des élus dont ce n’est pas le métier, par des commissions où il demeure minoritaire ou par des représentants dont les priorités sont légitimement ailleurs.
Nous avons appris avec bonheur la candidature de Lahcen Zelmat à Marrakech aux échéances électorales de 2027 et qui intervient précisément dans ce contexte. Pardi, le tourisme marocain peut-il encore se permettre d’être sous-représenté au Parlement et à la Chambre des Conseillers, lieux où se décident son avenir, ses votes de lois, ses décrets d’application, sa compétitivité et ses capacités d’investissement ?
Car au-delà des appartenances politiques, le cas Zelmat est d’abord celui d’un professionnel ayant consacré plusieurs décennies à naviguer entre l’entreprise, les organisations professionnelles, les institutions publiques et les réseaux internationaux. Un itinéraire, pas forcément de tout repos, qui mérite d’être appréhendé sous l’angle de l’utilité potentielle pour un secteur en pleine mutation.
L’une des faiblesses récurrentes du débat touristique au Maroc est qu’il est souvent conduit par des acteurs qui connaissent le secteur sans nécessairement l’avoir exercé. Lahcen Zelmat appartient à une catégorie différente. Avant de devenir président de la Fédération Nationale de l’Industrie Hôtelière, membre du conseil d’administration de l’ONMT ou vice-président de l’Observatoire National du Tourisme, il a dirigé des établissements hôteliers au Maroc et en France.
La présidence de la FNIH représente probablement la dimension la plus visible de son parcours récent. Dans les faits, ces dernières années ont placé la fédération face à des défis majeurs, sortie de crise sanitaire, inflation des coûts d’exploitation, mutation des canaux de distribution, montée en puissance des plateformes numériques, besoins de rénovation du parc hôtelier et préparation hôtelière du mondial de foot que s’apprête à accueillir le Royaume. Un grand défi économique et institutionnel…
Comment faire entendre la voix d’un secteur constitué de milliers d’entreprises aux réalités parfois très différentes ? Comment défendre simultanément les intérêts des grands groupes, des hôtels indépendants, des unités balnéaires, des établissements urbains ou des opérateurs régionaux ? Comment construire des positions communes face aux administrations, aux plateformes internationales ou aux organismes de régulation ?
Le rôle joué par Zelmat à la tête de la FNIH a précisément consisté à faire converger ces intérêts parfois divergents vers des positions défendables collectivement. Cette capacité à construire du consensus constitue sans doute l’une des compétences les plus transférables à l’action publique.
Le deuxième élément qui distingue son profil est sa maîtrise des mécanismes institutionnels. Vu que le tourisme souffre souvent d’un malentendu, beaucoup imaginent que sa croissance dépend uniquement de la promotion ou des investissements privés. Or, la réalité est différente.
Généralement, la compétitivité d’une destination dépend tout autant de décisions relatives à l’urbanisme, à la mobilité, à l’aménagement territorial, aux infrastructures, à la fiscalité locale, à la formation ou à la simplification administrative. Ces sujets relèvent directement des collectivités et des institutions publiques.
Oui, Lahcen Zelmat possède une expérience particulièrement rare dans ce domaine. Trois mandats successifs à la tête d’une commune, la présidence du Conseil provincial de Sefrou et la vice-présidence de l’Association marocaine des présidents des conseils préfectoraux et provinciaux lui ont permis d’acquérir une compréhension concrète du fonctionnement territorial marocain. Cette expérience est aujourd’hui particulièrement pertinente pour la suite. Cela implique des élus capables de comprendre simultanément les attentes des investisseurs, des habitants et des administrations.
À travers ses responsabilités professionnelles et son implication dans les programmes de mise à niveau, Lahcen Zelmat a régulièrement défendu l’idée que la compétitivité touristique ne pouvait être pérenne sans une politique ambitieuse de rénovation.
Les hôtels peuvent être rénovés. Les compagnies aériennes peuvent ouvrir de nouvelles lignes. Les campagnes de promotion peuvent attirer davantage de visiteurs. Mais aucune stratégie touristique ne peut réussir durablement sans réceptionnistes, gouvernantes, managers, cuisiniers, commerciaux, techniciens, responsables de revenus ou directeurs qualifiés.
La présidence du GIAC Hôtellerie & Tourisme a placé Lahcen Zelmat au cœur de cette problématique. Depuis plusieurs années, il défend une approche qui considère la formation comme un investissement économique et non comme une simple dépense sociale.
Le parcours de Lahcen Zelmat présente une singularité supplémentaire. Ses fonctions de consul honoraire de la République de Pologne lui ont permis d’évoluer à l’intersection du tourisme, de l’économie et de la diplomatie. Justement, à mesure que la concurrence entre destinations s’intensifie, les frontières entre diplomatie économique, diplomatie territoriale et diplomatie touristique deviennent de plus en plus poreuses.
Le véritable intérêt de la candidature de Lahcen Zelmat réside peut-être moins dans son parcours personnel que dans ce qu’elle révèle du besoin croissant de représentation du secteur.
Les crises successives ont démontré que les professionnels du tourisme ne peuvent plus dépendre exclusivement de relais indirects pour défendre leurs intérêts.
Les débats sur les budgets publics, la fiscalité, les mécanismes de soutien, la formation, les infrastructures ou l’investissement exigent une présence plus forte de professionnels capables d’en mesurer les conséquences réelles sur les entreprises et l’emploi. Dans plusieurs pays touristiques, cette représentation existe déjà. Elle contribue souvent à accélérer les réformes, à améliorer les dispositifs de soutien et à renforcer la cohérence des politiques publiques.
La candidature de Lahcen Zelmat remet donc en lumière une problématique fondamentale pour l’avenir du secteur. Comment permettre au tourisme, l’un des principaux moteurs économiques du Royaume, d’être représenté à la hauteur de son importance réelle ?
À travers son parcours d’ancien pilote militaire, d’élu local pendant près de deux décennies, de dirigeant hôtelier, de président de la FNIH, de vice-président de la CNT, du CRT Marrakech-Safi et de l’Observatoire National du Tourisme, de membre des instances stratégiques de l’ONMT et de diplomate honoraire, Lahcen Zelmat incarne une réponse possible à cette interrogation.
Une réponse qui ne relève pas seulement de la politique. Mais d’une réflexion plus profonde sur la manière dont le tourisme marocain entend défendre ses intérêts dans la décennie qui s’ouvre.





